Jean-Luc joue de l’accordéon, depuis vingt ans. Il a croisé des « phénomènes » comme Jean-Marie Manceau ou Léon Gernigon, ça laisse des traces !

Après l’apprentissage de l’accordéon, il découvre le violon, avec la curiosité d’un gamin. Au contact des vieux, le p’tit jeune apprend à sonner à la sauce gallèse. L’autodidacte se forge un son unique, sans chichi, crincrin, roots. Un style brut de décoffrage. Jean-Luc se moque de la mode. Avec comme référence, John Wright « le maître violoneux » et avec ses compères Vincent Morel et Marc L’Hermitte, le musicien-collecteur a marqué les temps forts de La Bouèze (association qui dépoussière le patrimoine oral de Haute Bretagne).

« le collectage permet de comprendre cette musique, et surtout son univers. Rencontrer quelqu’un comme Léon, c’est rencontrer un témoin d’une époque révolue. Il peut vous raconter sa vie, ses métiers, la vie des paysans, les occasions de fête. Il parle aussi de ses parents, de ceux qui menaient la danse à la voix, des violoneux.. On collecte l’ambiance d’une autre génération ! »

Aujourd’hui, ce son authentique muscle le charisme de Jean-Luc-les-quinze-casquettes. En Bretagne, les amateurs lui tirent la chemise pour l’enregistrer, pour animer noces, bals, fêtes locales... (Un soir d’impro, dans un café de Saint-Malo, des as du fiddle écossais sont restés scotchés en voyant « John Luke » manier le violon comme leur grand-père). Un jeu à l’image du bonhomme : inventif, enlevé, volontiers farceur. Et assez solide pour se frotter aux autres. Voilà l’increvable défricheur, musicien traditionnel pur jus, nourri à la sève des anciens, qui fricotte avec des zicos pétris de jazz, comme son voisin Raphaël Chevalier, capable d’exploser Hendrix au violon ou de sonner plus vert que les Irlandais.

Jean-Luc joue comme il respire. Avec naturel. A l’image de sa position au violon : l’instrument frissonne entre le poignet et l’avant-bras, au creux du cœur. « Ça laisse la dynamique du bonhomme. Le personnage reste libre ». Personnage libre. La formule colle à ce magicien du rythme et de la mélodie. Un musicien généreux, pédagogue enthousiaste, qui n’a pas son pareil pour transmettre l’envie de jouer, de sonner en trouvant sa propre voix.

Multi-instrumentiste pétillant, habile chanteur, dont la voix chevrotante trotte vers Erik Marchand, redoutable animateur, digne d’un « calleur » québécois, Jean-Luc projette d’enregistrer. Mais ce qui le mène, c’est le « live ». Pour faire respirer une musique du monde, une musique actuelle.

Jérôme Lourdais